Confection : Grafitag, l’authenticité locale dans des sacs, pochettes et gravures | Défi Économie Aller au contenu principal

Confection : Grafitag, l’authenticité locale dans des sacs, pochettes et gravures

Émilie Minator et Kewin Kotadoo

L’entreprise a démarré avec une production de 20 sacs. Dur labeur et créativité aidant, le couple Émilie Minator (31 ans) et Kewin Kotadoo (32 ans) ont ajouté pochettes et gravures sur bois et verre. Aujourd’hui, les clients se bousculent au portillon de Grafitag, entreprise labellisée Made in Moris. Les directeurs, cependant, gardent les pieds sur terre et préfèrent avancer à petits pas, sans s’endetter.

Grafitag, c’est une histoire d’amour entre deux étudiants du Fashion & Design Institute, Quatre-Bornes. En 2009, quand Émilie Minator entame ses études, son futur compagnon en est à sa deuxième année. Elle a opté pour le stylisme. Il apprend à devenir graphiste. Leurs routes se séparent après l’obtention du diplôme. Kewin Kotadoo lance son entreprise, avec une associée. Émilie Minator est, elle, recrutée comme styliste dans une usine de textile.

Grafitag

Leurs routes se croisent, à nouveau, en 2014. Kewin décide de changer le nom de sa firme à Grafitag et essaie de lui donner un nouveau souffle. Émilie abandonne son emploi pour des raisons de santé. Ils décident de poursuivre leur chemin à deux, au niveau professionnel aussi bien que personnel.

« Je lui ai fait part de ma passion pour les sacs. Il m’a suggéré de mettre sur papier mes idées. En parallèle, Kewin s’est intéressé à la sérigraphie, en apprenant sur YouTube. Par la suite, il a fabriqué ses équipements et une chambre noire », se rappelle notre interlocutrice. « Ensuite, nous sommes tombés d’accord sur cinq ou six croquis. Nous avons commencé avec une petite collection de 20 sacs, avec comme matière première du tissu en coton et de la toile écrue. Dès le départ, on s’est dit que nos produits reflèteront notre sensibilité à la protection de l’environnement. Même l’encre est à base d’eau. »

Grafitag

Où vendre cette première collection ? Facebook, à travers la page Coton Eco-Bag. Les sacs, en vente à Rs 150, s’écoulent en moins d’une semaine. Le couple est choqué par l’engouement des Mauriciens pour des sacs simples, avec des dessins d’éléphants, de plage et des mots en kreol. Le processus se répète jusqu’à l’annonce d’une décision gouvernementale qui boostera la confiance des entrepreneurs : l’interdiction des sacs en plastique. Ils se disent que c’est une opportunité à saisir.

Dans leur atelier, le couple ajoute des pochettes à leur gamme de produits. Ils les écoulent dans des centres commerciaux, des hôtels et des foires dédiées à l’entrepreneuriat et la créativité mauriciens.

Grafitag

Au premier trimestre de 2016, des questions commencent à les tarauder, poussant à la réflexion sur leur existence future et celle de l’atelier de couture avec lequel ils sous-traitent. Que se passerait-il si la concurrence l’emporte ou si les clients se désintéressent de leurs produits ? Bien que ce soit un monde où le couple n’a aucune connexion, il se tourne vers les entreprises, en essayant de les convaincre à passer des commandes pour des sacs arborant leurs logos et autres motifs exclusifs. Le bouche-à-oreille fonctionne à merveille. La première commande viendra d’une Destination Management Company: 100 pochettes.

« Depuis deux années et demie, nous avons des clients réguliers. Leur confiance nous motive à donner le meilleur de nous-mêmes. Nous sommes des petits dans un monde de grands. Nous nous sommes démarqués. Nous avons notre propre identité », fait ressortir Émilie Minator. « Idem pour nos produits qui reflètent notre culture mauricienne, notre kreolité. »

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Leur volonté de progresser et la qualité de leurs produits et services leur permettent d’intégrer le réseau national des producteurs mauriciens, une offre que le couple accepte lorsqu’il est approché dans une foire. En août 2018, Grafitag est labellisée Made in Moris, un logo distinctif qui s’affiche sur leurs produits et emballages.

Au fil des années, l’entreprise s’est modernisée en termes d’équipements et tables de travail. Un appareil laser leur a permis d’étoffer davantage leurs offres, avec des gravures personnalisées sur bois, papier et verre. Depuis peu, la styliste et le graphic designer se sont mis à la confection de trophées en bois.

La prochaine étape sera de se trouver un local plus spacieux que le présent atelier. Pas question de s’endetter. Tel n’a jamais été le cas. Dès le départ, ce sont leurs économies qui ont été utilisées. Chaque acquisition et investissement a été un geste très réfléchi. Le couple n’abandonnera ce principe pour rien au monde.

Grafitag, c’est aussi une histoire de réussir envers et contre tous, ce dans des circonstances difficiles. Parce qu’à l’annonce du projet aux parents en 2015, ces derniers ont sourcillé. Ne vaudrait-il pas mieux d’être un employé et recevoir un salaire fixe à la fin du mois ?

« Avec du recul, nous savons très bien à quel point nous avons galéré dur pour que les affaires progressent. Auparavant, nous n’avions aucune vie privée. Nous travaillions sept jours sur sept. Aujourd’hui, c’est passé à six, voire du lundi au vendredi, car nous voulons garder notre week-end libre. Cependant, chaque jour équivaut à 12 heures de travail en moyenne. Nous nous donnons à fond, » affirme Émilie Minator. « Notre philosophie est de ne pas décevoir les clients. C’est un service taillé sur mesure. Chaque design est unique au client. »