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Banque de Maurice : baisse du taux directeur pour soutenir l’économie

Yandraduth Googoolye
Le Gouverneur de la BoM..

Suivant la mouvance des banques centrales américaine, sud-africaine et indienne, le Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice a voté en faveur d’une réduction du taux de référence. La décision a été prise tenant compte d’une inflation moindre et d'un environnement international miné par une guerre commerciale et l'affaiblissement de la croissance. Le point.

Le taux directeur a été réduit de 0.15% lors de la réunion du MPC, le vendredi 9 août, au siège de la Banque de Maurice. Le taux de référence est désormais à 3.35%, son niveau historique le plus bas depuis la première réunion du MPC, le 30 juin 2007. C’est la première fois en presque deux ans que le comité a voté en faveur d’une baisse, après celle de la révision de 0.5% en septembre 2017. À noter que la décision du comité, présidé par Yandraduth Googoolye, Gouverneur de la Banque de Maurice, n’a pas été unanime. Elle a été déterminée par un vote majoritaire.

Tout changement dans le taux de référence, entraîne une modification dans le réseau des banques commerciales. D’un point de vue basique, une baisse signifie que les banques revoient les taux pratiqués à l’épargne, les prêts, les cartes de crédit et découverts. Or, la décision appartient à chacune des banques.

Venons-en aux raisons de la baisse, communiquée lors d’une conférence de presse de Yandraduth Googoolye, encadré du First Deputy Governor, Renganaden Padayachy et du Second Deputy Governor, Mahendra Vikramdass Punchoo.

D’abord, a expliqué le Gouverneur de la Banque centrale, l’indice des prix à la consommation est à la baisse. L’inflation globale a été revue à la baisse à 0.5% pour 2019. Le prix du pétrole et du gaz est en déclin sur le marché mondial. La seconde moitié de l’année est associée à une volatilité moindre dans le coût des légumes, ce dans un climat favorable.

Place ensuite à l’expansion économique. Les perspectives de croissance sont maintenues à 3.9% pour cette année-ci. Elle devrait accélérer à 1% en 2020. Ceci étant dit, des incertitudes planent. Sur le plan local, les secteurs du textile et du tourisme sont sous pression. La volatilité sur les marchés financiers internationaux a une incidence sur le taux de change. La demande extêrne s’affaiblit, avec les impacts encore inconnus de la guerre des monnaies (dollar versus yuan). Maurice, en tant que petite économie ouverte sur le monde, se doit d’améliorer sa résilience pour faire face à la détérioration de l’environnement externe.

« Le MPC a rigoureusement pris en considération la balance des risques aux projections de la croissance et de l’inflation sur l’horizon prévisionnel pour prendre sa décision aujourd’hui,» a dit Yandraduth Googoolye. « La baisse devrait renforcer la confiance dans les affaires et accorder une marge de manœuvre au secteur privé et les ménages. »

Et de conclure : « Le MPC maintiendra la vigilance et continuera à suivre l’évolution des risques aux perspectives. Il est disposé à avoir une réunion intérimaire le cas échéant. »

Réactions

Kevin Ramkaloan, CEO de Business Mauritius : « Un regain de l’investissement serait un signe d’efficacité de cette mesure »

« La décision du MPC intervient dans un contexte local où l’inflation s’est stabilisée sous la barre d’un pourcent. À l’international, nous avons pris connaissance des décisions des banques centrales majeures, réduisant leur taux directeur respectifs afin de soutenir leurs économies dans un environnement mondial difficile. Une baisse du taux directeur est toujours un bon signal pour la communauté des affaires. Le moment est peut-être opportun de valider la force du mécanisme de transmission de la politique monétaire envers l’économie réelle. Un regain des investissements et d’une croissance soutenue serait un signe de l’efficacité de cette mesure. »

Daniel Essoo, CEO de la Mauritius Bankers Association : « Un changement à la discrétion des banques »

Le Chief Executive Officer de la Mauritius Bankers Association explique qu’il incomberait à chacune des banques d’agir après la baisse du taux directeur : « La Mauritius Bankers’ Association prend note de la décision du MPC. Un réajustement des taux d’intérêts – que ce soit sur les dépôts ou les prêts, les cartes de crédit et les découverts – se fait à la discrétion de chacune des banques. La décision est déterminée par une analyse détaillée de l’impact tant sur les dépôts et les avances aux particuliers et les entreprises. Après ces analyses, les banques communiqueront leurs positions. »

Ganessen Chinnapen, économiste en développement: « La baisse est de nature symbolique »

« Une baisse de 0.15% est un geste symbolique du Monetary Policy Committee. C’est une indication que la Banque centrale, ayant bien cerné les enjeux et les forces internes et externes, est disposée à intervenir pour soutenir les partenaires de l’économie. Soyons justes. La baisse n’aura aucun effet significatif sur les affaires. Pourquoi ? Parce que le taux directeur ne suffit pas pour inciter les investisseurs à s’engager davantage dans de nouveaux projets et secteurs. Nous sommes arrivés à un stade où les mesures devront venir de tous les bords. Par exemple, l’État pourrait s’engager dans des projets de Partenariats Publics et Privés (PPP), à travers des prêts à intérêts moindres pour les participants. Ce faisant, on diversifierait davantage les piliers économiques et créerait davantage d’emplois. Au cas contraire, le secteur privé, qui a déjà injecté des fonds conséquents dans des secteurs anciens et/ou récents, se concentrerait à gérer les affaires actuelles. »