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Sommet de l’Union Africaine 2019 à Niamey : «Être Africain, cela doit avoir un sens»

Vidur Ramdin
Vidur Ramdin, Directeur de la Communicatin et du Marketing, Fonds de Solidarité Africain.

Le Niger accueille la 33ème Session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union Africaine, prévue à Niamey en mi-juillet 2019 et à laquelle participe Maurice. Notre compatriote, Vidur Ramdin, directeur de la Communication et du Marketing, Fonds de Solidarité Africain, Niamey, Niger, passe en revue les enjeux de cette session

Malgré quelques réticences, la nécessité de réformer l’UA, notamment de lui donner les moyens de son autonomie financière (donc politique), fait consensus, et des décisions importantes (zone de libre-échange continentale, marché unique du transport aérien, etc.) sur le plan de l’intégration économique ont été actées.

Mais des défis importants demeurent, qui pourraient enrayer la machine. Ils sont de trois ordres : technique, politique et identitaire. Sur le plan technique, l’UA est historiquement plus apte à prendre des décisions qu’à les appliquer. Une organisation plus efficace, couplée à une réelle volonté politique, permettrait de régler progressivement ce problème.

Sur le plan politique, les intérêts nationaux et continentaux sont parfois en conflits. Dans bien des cas, le réflexe des dirigeants des pays membres est de privilégier les intérêts nationaux. Une meilleure coordination entre ces pays, les communautés économiques régionales et l’institution africaine est souhaitable. La particularité des défis techniques et politiques est qu’ils sont connus, discutés, et que des pistes de solutions existent.
L’enjeu identitaire est, quant à lui, en grande partie ignoré, ce qui le rend d’autant plus dangereux pour la survie du projet panafricain. Il faut susciter et alimenter dans le cœur des masses africaines le sentiment d’appartenance à une communauté de destin. Être Africain, cela doit avoir un sens.

À cet égard, les difficultés que connaît l’Union européenne (UE) devraient faire réfléchir les leaders du continent. D’une certaine façon, l’objectif initial du projet européen a été atteint : une guerre ouverte entre des pays de ce continent est aujourd’hui difficilement imaginable. L’Europe est une puissance économique dont l’influence politique est significative.

L’une des causes profondes de cette crise est l’échec de la construction d’une identité européenne qui transcenderait (ou coexisterait harmonieusement avec) les identités nationales. L’euroscepticisme s’est constamment nourri de ce déficit. Sans surprise, les ravages d’une globalisation sauvage ont progressivement conduit à une flambée du nationalismes.

Promouvoir le panafricanisme

L’Afrique est mieux placée que l’Europe pour éviter ces errements. Nous avons en commun l’expérience, fondatrice de la colonisation et des luttes de libération nationale. Les guerres interétatiques qui ont ensanglanté l’Europe pendant des siècles (culminant dans les deux guerres mondiales) sont ici plus l’exception que la règle. Peut-être plus significatif, nos pays sont souvent des entités artificielles – ce qui signifie que l’africanité est à ce jour notre identité la plus crédible.

Si cette dernière réalité complique singulièrement la construction, par ailleurs nécessaire, d’identités nationales, elle pourrait en revanche faciliter l’émergence d’une conscience africaine. Le grand paradoxe africain n’est-il pas que nous nous connaissons plutôt mal entre Africains, alors qu’en même temps chacun d’entre nous est attaché à une certaine idée (même vague) de l’Afrique ? Cet actif émotionnel peut servir de levier pour affermir l’unité du continent et assurer la stabilité de l’UA.

Le projet d’un passeport africain, auquel les hommes d’affaires du continent peuvent désormais prétendre, est important de ce point de vue. Il matérialise notre commune destinée. Des programmes comme l’African Union Youth Volunteer Corps, qui offre l’opportunité à de jeunes Africains d’exercer leurs talents dans différents pays du continent, doivent être davantage promus et même améliorés. Mais nous pouvons faire mieux. Une histoire du panafricanisme ne pourrait-elle pas être enseignée dans les écoles secondaires sur l’ensemble du continent ? Est-il illusoire d’imaginer la création de centres culturels panafricains dans nos pays ou nos communautés régionales ?

En attendant, le drapeau de l’UA ne pourrait-il pas flotter, en compagnie de nos drapeaux nationaux, sur le toit des palais présidentiels des pays membres, et l’hymne continental systématiquement entonné lors de nos fêtes nationales ? Quels meilleurs moyens d’incarner notre communauté de destin et de forger des imaginaires panafricains, prélude à l’émergence de citoyens africains ?