Afsar Ebrahim : «Il faut s’assurer que le pays ne perde pas sa compétitivité» | Défi Économie Aller au contenu principal

Afsar Ebrahim : «Il faut s’assurer que le pays ne perde pas sa compétitivité»

Afsar Ebrahim

Il faut trouver le juste équilibre entre la protection des employés et le contrôle des coûts de production. Tel est l’avis d’Afsar Ebrahim, Deputy Group Managing Partner chez BDO. Entretien.

Nous sommes dans une phase de transition et il faudra s’attendre à d’autres restructurations.

Comment accueillez-vous les différentes mesures relatives à l’emploi et à la protection des travailleurs énoncées dans le Budget ?
J’accueille favorablement ces mesures que nous jugeons très humaines. Le Portable Retirement Gratuity Fund est un pas dans la bonne direction et le Wage Guarantee Fund apporte une certaine sécurité aux employés en cas de fermeture, d’autant plus que nous sommes dans une phase de transition et qu’il faudra s’attendre à d’autres restructurations.

Il faut s’assurer que le pays ne perde pas sa compétitivité en raison d’une hausse du coût de la main-d’œuvre. Il faut trouver le juste équilibre entre la protection des employés et le contrôle des coûts de production sans mettre en péril notre compétitivité déjà fragile.

Il semble bien qu’il n’y ait pas eu de mesures novatrices pour promouvoir l’essor de différents secteurs à fort potentiel de croissance comme l’économie océanique et l’industrie cinématographique… Vos commentaires ?
Bien que ces deux secteurs n’aient pas été au centre du dernier Budget, plusieurs idées novatrices ont tout de même été annoncées. À titre d’exemple, les mesures relatives à l’innovation et à la technologie: l’exemption fiscale de huit ans pour les entreprises impliquées dans des activités innovantes ; un partenariat entre l’Université des Mascareignes, l’Université de Limoges et l’Université de Nice pour la création d’une maîtrise en robotique et Intelligence Artificielle ; l’introduction d’une nouvelle licence pour les fournisseurs de services de la FinTech ou encore un « post-study work visa. »

La population s’attendait à ce que la pension de vieillesse s’aligne sur le salaire minimum de Rs 9 000. Pravind Jugnauth n’a-t-il pas déçu les Seniors ?  
Aligner la pension de vieillesse avec le montant du salaire minimum a un coût. Il est vrai qu’avoir un pouvoir d’achat plus élevé est souhaitable, mais sur le long terme, cela aurait pesé lourd en raison du problème grandissant du vieillissement de la population.

Le gouvernement projette un taux de croissance de 4,1% à l’horizon de 2020. Est-ce réalisable ?
Cela fait plus de 8 ans que le taux de croissance n’est pas remonté au-dessus de la barre de 4%. Il faut comprendre que le taux de croissance ne progresse pas de lui-même. Tous nos secteurs traditionnels traversent actuellement des zones de turbulences. Sans réforme en profondeur, nous risquons de ne pas atteindre nos objectifs de croissance, et ce, bien que notre performance actuelle soit fort louable, compte tenu de la situation économique mondiale teintée d’incertitudes.

Aujourd’hui, il existe un fossé entre nos objectifs de croissance et le taux que nous avons atteint jusqu’ici. Nous pouvons mieux faire, à condition d’apporter les réformes structurelles nécessaires à nos secteurs traditionnels et aux institutions tout en adoptant une politique d’ouverture aux étrangers. Notre économie ne peut croître qu’à condition que nos principaux piliers progressent. Si l’industrie manufacturière exportatrice, le tourisme, l’industrie sucrière, les TICs et les services financiers cessent de progresser, toute notre économie subira un ralentissement. Sur le long terme, il faudra développer de nouveaux piliers afin d’apporter un nouveau souffle à notre économie.