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Budget 2019-2020 : a-t-il créé le ‘feel good factor’ ?

Budget 2019-2020

L’euphorie budgétaire s’est estompée. Les attentes ont été grandes et le grand argentier a essayé de son mieux de jouer au funambule. Toutefois, il y a eu quelques déceptions, surtout de la part des personnes à la retraite. Le Budget a-t-il réussi à générer un ‘feel good factor’ dans le pays ?

Un élan de ‘feel good factor’ compte tenu de ses nombreuses mesures électoralistes.

Pour tous les observateurs économiques et politiques, le dernier Budget du présent mandat gouvernemental sera jugé sur son implémentation effective. La grande euphorie s’étant calmée, c’est l’analyse des mesures qui occupe l’actualité. Le ‘feel good factor’ est-il de retour ?

Amar Deerpalsing.
Amar Deerpalsing.

Le président de la Fédération des PME, Amar Deerpalsing, dit qu’évidemment le  Budget 2019-2020 apportera un élan de ‘feel good factor’ compte tenu de ses nombreuses mesures électoralistes, même si certaines ne prennent pas effet immédiatement. « Il y a certes des mesures qui touchent toutes les franges de la population. »

Toutefois, il ne trouve rien qui va directement booster les petites et moyennes entreprises, sauf que les petits entrepreneurs, en tant que citoyens, vont bénéficier de la baisse de prix des carburants et du gaz ménager. Il soutient qu’il n’y a aucune mesure pour vraiment adresser les défis économiques auxquels fait face le pays. « Quand on voit un ministre des Finances puiser dans les réserves pour soutenir les gâteries, cela en dit tout sur l’état de l’économie », observe Amar Deerpalsing. Il se demande comment le gouvernement pourra-t-il soutenir ces dépenses additionnelles par la suite, espérant que le prochain Budget post-élections ne va pas sortir ‘rotin bazar’ !

Business Mauritius, quant à lui, a bien accueilli le Budget, estimant les mesures ‘intéressantes’. Parmi les mesures mises en lumière par l’association qui regroupe plus de 1,200 entreprises locales, grandes et petites, il y a la mise en place d’une National Skills Matching Platform avec la collaboration de Business Mauritius, le ‘Port Breakwater’, le retrait du plafond de 30 % de production d’énergie photovoltaïque pour les entreprises, ainsi que du Grid Connection Fee. Pour le président, Cédric de Spéville, « il y a définitivement des mesures intéressantes, mais dans la conjoncture actuelle où plusieurs piliers de notre économie font face à des défis majeurs, il est essentiel de continuer le travail pour soutenir la transition ».

Kevin Ramkalaon.
Kevin Ramkalaon.

De son côté, le CEO, Kevin Ramkalaon, analysant les données macroéconomiques du Budget 2019-2020, surtout l’estimation d’un taux de croissance de 3,9 % pour la prochaine année financière, se demande de quelle façon nous y parviendrons, sachant que l’année 2018-2019 a connu un nombre record de gros projets infrastructurels, ce qui ne sera pas forcément le cas l'année prochaine. Parmi les autres mesures intéressantes, Business Mauritius note des efforts réalisés dans les domaines de l’innovation qui pourraient booster la productivité, de la mise en place du Post-Study Work Visa, ainsi que la décision d’engager la communauté des affaires pour une meilleure collaboration, notamment avec une simplification du Public Private Partnership et du Build Operate Transfer. Concernant le Portable Retirement Gratuity Fund, l’organisme patronal veut s’assurer que l'implémentation se fasse au bénéfice de tous.

Le président de la State Employees Federation, Radhakrishna Sadien, pense que le Budget de cette année n’a pu générer le même ‘feel good factor’ de l’année dernière. Il est d’avis que le Budget précédent a eu plus d’impact sur la population à cause de trois principales mesures concrètes, à savoir, le salaire minimum, le taux d’impôt ramené à 10 pour cent pour une bonne partie des salariés et la ‘Negative Income Tax’.

« Mais cette année, je ne vois aucune mesure avec un tel impact », soutient le syndicaliste, qui estime que plusieurs propositions syndicales n’ont pas été retenues. « Nous attendons la révision des lois du travail depuis 2014, et rien de concret jusqu’ici, sauf une nouvelle annonce. De même, le ‘Portable Pension’ est encore au stade d’annonce avec aucun délai d’implémentation défini », ajoute-t-il. Il déplore aussi qu’il n’y a pas eu d’ajustement salarial par rapport au salaire minimum, et que le paiement intérimaire à partir de janvier 2020 ne touche pas les employés du secteur privé. Il craint aussi que les Budgets à venir soient plus rigides.

Radhakrishna Sadien.
Radhakrishna Sadien.

Radhakrishna Sadien pense que le secteur privé obtient beaucoup de facilités, trop même, mais déclare toujours être en difficulté alors qu’il investisse dans les Smart Cities ou la rénovation constante. Le syndicaliste dit noter que le gouvernement veut encourager les étudiants étrangers à travailler chez nous après leurs diplômes, mais il espère qu’ils trouvent un emploi car même les gradués mauriciens sont chômeurs. Au niveau du social, il considère nécessaire de tenir une « assise nationale » sur le social, car il pense qu’on met trop d’emphase sur la répression et non la prévention. Finalement, sur les pensions, il dit que le gouvernement avait placé la barre très haute, donnant l’impression d’une hausse substantielle, alignée sur le salaire minimal, pour ensuite venir avec Rs 500 à partir de janvier 2020, ce qui a provoqué une grande déception chez nos seniors.

Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), trouve que le Budget apportera le ‘feel good factor’ dans le pays (À lire son opinion dans News on Sunday ce vendredi).


Dan Maraye : « Le Budget a pu engendrer un ‘feel good factor’»

Dan Maraye, ancien gouverneur de la Banque de Maurice et observateur économique, explique qu’il faut être naïf pour croire que, dans une année électorale, un politicien n’apportera pas des mesures attrayantes pour plaire à la population. Mais il pense, en tant qu’observateur indépendant, que le ministre des Finances a pu ratisser large pour toucher toute la population à travers certaines mesures populaires comme la baisse de prix du gaz ménager ou des carburants. « Non seulement les consommateurs, mais aussi les producteurs, les petites entreprises, les boulangeries, les marchands de gâteaux, etc. vont bénéficier », dit-il.

S’il estime que le Budget a pu ramener un certain degré de ‘feel good factor’, il concède qu’il est difficile, voire impossible, de plaire à tout le monde. « Il y aura toujours certains qui seront insatisfaits, c’est la nature humaine et il faut respecter leurs opinions. Mais il est malheureux qu’on fait de la politique autour de certaines mesures annoncées », dit Dan Maraye.

Il cite en exemple le paiement additionnel de Rs 500 de la pension à partir de janvier prochain. « Si le paiement avait pris effet avant, le gouvernement aura eu à débourser une fortune  en décembre, ce qui aurait occasionné une poussée inflationniste, outre d’alourdir la caisse publique, donc pour moi, ramener le paiement à janvier est une décision responsable et bien calculée. » Par ailleurs, il décèle un sérieux déficit de communication de la part des autorités, car elles n’arrivent pas à expliquer convenablement les mesures dans un langage simple pour que la population comprenne les enjeux.

« Aucun politicien honnête envers lui-même ne pourra dire qu’il peut présenter un Budget pour tout changer du jour au lendemain. Et aucun politicien ne prendra le risque de tout changer en une année électorale », conclut Dan Maraye, dont la devise est « There is no gain without sacrifice ».