Aller au contenu principal

Anthony Leung Shing, Country Senior Partner chez PwC Maurice : «Ce gouvernement a été très social dans sa philosophie»

Anthony Leung Shing

L’utilisation des réserves de la Banque de Maurice pour éponger la dette publique aura un impact plus large sur notre politique monétaire, prévient Anthony Leung Shing, Country Senior Partner de PwC Maurice. Il nous en dit plus.

Le Budget 2019/2020 est-il populiste ou équilibré ?
Dans une année électorale, on s’attendait certes à des mesures populistes. Dans ce sens, le Budget n’a pas surpris. Durant la période précédant la présentation du Budget, on parlait déjà d’un alignement de la pension de vieillesse au salaire minimum. Je suis soulagé que le ministre des Finances n’ait pas succombé à de telles pressions, puisque le pays n’aurait pas pu soutenir un tel coût dans le long terme.

En revanche, le ministre a profité de la marge de manœuvre, créée par le dynamisme des recettes fiscales de l’État, pour financer un budget social. Sans avoir causé d’excès, le ministre a pu équilibrer les mesures populistes avec un besoin de contenir les coûts des services publics. À mon avis, ce surplus au niveau des recettes aurait pu être mieux utilisé pour réduire le déficit budgétaire.

On parle d’une année électorale et il faut comprendre qu’aucun gouvernement n’aurait adopté une telle approche. La question que nous devons tous nous poser est : « Aurions-nous été satisfaits de ce Budget, d’une perspective économique, si ce n’était pas dans une année électorale ? »

Quel regard portez-vous sur les récentes mesures budgétaires concernant le secteur financier et l’économie mauricienne ?
Les services financiers continuent de croître, mais nous avons peu de visibilité sur le long terme, surtout dans le secteur du global business. Malgré les réformes, l’activité dans le secteur reste lente. Il faut un nouveau souffle. Les mesures annoncées pour inciter la FinTech, l’E-commerce, la gestion de patrimoine ou le Crowd Funding aideront le secteur à monter en valeur ajoutée.

Quid de la macroéconomie ?
Nous connaissons les enjeux au niveau de la macroéconomie : le manque de création d’emploi, le faible taux d’investissement privé, la détérioration de la balance commerciale ou encore le niveau d’endettement du pays.

Un mot sur l’utilisation des réserves de la Banque de Maurice pour éponger la dette publique ?
C’est une mesure qui fait débat. Il s’agit de l’utilisation des réserves de la Banque de Maurice d’un montant de Rs 18 milliards pour réduire la dette publique. Et là, il faut faire attention. Non seulement, la Banque de Maurice est une institution indépendante, mais ses réserves aident le pays à surtout soutenir la roupie et auront un impact plus large sur notre politique monétaire.

À travers ce Budget, le gouvernement a essayé de faire des cadeaux électoraux. Qu’en pensez-vous ?
Ce gouvernement a été très social dans sa philosophie. Au-delà du taux de croissance, je pense que l’inclusion sociale est importante pour la stabilité du pays. L’allègement de la disparité entre les riches et les pauvres est une bonne chose. Dans ce sens, je soutiens ces mesures sociales.

Mais quant aux ‘cadeaux électoraux,’ ça, c’est autre chose. Avec les élections en vue, l’intention de ces mesures populistes est à peine voilée. On cite l’amélioration du pouvoir d’achat de la population, surtout pour ceux au bas de l’échelle, mais qui dit pouvoir d’achat dit consommation. La consommation est aujourd’hui si importante pour la croissance économique du pays que le danger est qu’elle devienne un objectif en elle-même.

Le Premier ministre a annoncé que les entreprises devront avoir au moins une femme sur le Board of Directors. La Companies Act sera amendée en ce sens. Votre commentaire.
Maurice a du mal à intégrer les femmes sur le marché du travail. Sur cet index, nous nous classons parmi les pays les moins performants de la région. Aujourd’hui, seulement 45 % des femmes aptes à travailler sont sans emploi contre 75 % chez les hommes. On dit toujours que l’exemple vient d’en haut. Ces femmes pourront agir comme modèles pour nos jeunes.

Cette diversité est certainement bénéfique aux entreprises. Toutefois, il faudra s’assurer que des dispositions pratiques soient prises pour assurer une telle implémentation. Avec le faible taux de femmes aux postes de direction, certaines entreprises peuvent avoir des difficultés à combler ces rôles.