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A l’ère des réformes : les grands enjeux

Port-Louis

La classe politique est en ébullition. Les différents leaders politiques travaillent déjà sur leurs plans de réformes pour mieux amadouer les électeurs, surtout  les indécis, dont le nombre s’est accentué. Mais quelles sont les véritables réformes dont le pays a besoin et quel en sera le coût économique?

L’exercice budgétaire et l’échéance électorale font grimper les attentes.

Les débats politico-économiques sont en ce moment omniprésents. Que ce soit à la radio, dans la presse ou sur les réseaux sociaux, les discussions vont bon train quant aux types de réformes dont le pays a besoin: économique, sociale, politique. Les maîtres mots demeurent la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, l’éradication de la pauvreté et la méritocratie et la réforme électorale, entre autres.

Alors que pour les partis au pouvoir c’est la présentation du prochain Budget qui domine l’attention, dans les rangs de l’opposition, ils s’activent à peaufiner leurs projets de société et leur programme. Mais, jusqu’ici, point de débat sur la question économique, surtout quand certains secteurs, à l’instar du tourisme et du textile, donnent des sueurs froides. Des sujets qui méritent une attention particulière, pour ne pas dire urgente, sont la dette publique escaladant, le vieillissement de la population, le recyclage et la gestion des déchets, la pauvreté ou encore la violence et le combat contre la prolifération de la drogue. On est aussi très loin de l’avènement d’un nouveau modèle économique caractérisant l’émergence de nouveaux secteurs ou nouveaux segments au sein des secteurs existants, avec une véritable égalité des chances pour tous les entrepreneurs.  

Les grandes attentes

L’exercice budgétaire et l’échéance électorale font grimper les attentes. Une bonne frange de la population s’attend à ce que la pension soit éventuellement alignée sur le salaire minimal, alors que les fonctionnaires espèrent que le prochain rapport du Pay Research Bureau soit rendu public avant décembre 2019. Au niveau social, le Disability Bill se fait toujours attendre, surtout par rapport aux opportunités d’emplois pour les personnes en situation de handicap et la disposition des facilités adéquates.


Darmen Appadoo : « Les abus politiques doivent être sanctionnés »

Darmen AppadooLe travailleur social Darmen Appadoo pense que les politiciens ont tendance à croire que le peuple est comme eux, c’est-à-dire qu’il a une tendance matérialiste, c’est pourquoi ils ne songent qu’aux mesures populaires. Or, dit le travailleur social, le peuple veut plutôt une réforme sociale et économique pour améliorer son quotidien.

Darmen Appadoo déplore le fait qu’aucun politicien n’est tenu responsable de ses actes. « Il n’y a aucune sanction contre ceux qui abusent du système. Ils perdent les élections et disparaissent. Et ils peuvent revenir comme s'ils n’avaient commis aucune faute. Il faut avoir un mécanisme pour leur rendre responsables et redevables. »

Darmen Appadoo déplore également l’absence d’une Freedom of Information Act. « En l’absence d’une telle loi, la population obtient des informations sur les scandales ou autres abus de la bouche d'adversaires politiques, mais ces derniers, une fois au pouvoir, ne font rien pour les sanctionner. » Il conclut qu’avec la culture politique à Maurice, un député une fois au Parlement, n’est plus la voix de ses mandants, car il doit avoir la permission de son parti pour poser certaines questions.


Dan Maraye : « Les mesures populaires n’assurent pas la victoire »

Dan MarayePour Dan Maraye, observateur économique, il y a deux types de promesses généralement faites par les politiciens. D’abord, il y a les promesses des mesures populaires financées par l’argent qui n’appartient pas aux politiciens.  Ensuite, il y a les promesses pour promouvoir la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. « Pour moi, un politicien responsable, c’est quelqu’un qui, au lieu de promettre des mesures populaires, vient plutôt nous dire qu’il réduira les dépenses publiques et assurera la bonne gouvernance à tous les niveaux », dit Dan Maraye.

Il ajoute que les politiciens n’ont toujours pas compris que les mesures populaires n’amènent pas forcément vers la victoire. « En 1976, à la veille des élections, le Parti travailliste annonça l’éducation gratuite, qui était une mesure extrêmement populaire, mais cela n’était pas suffisant pour gagner les élections », raconte-t-il.

Il déplore que les politiciens ne réfléchissent pas sur les exemples du passé.  Il cite le cas des élections de 1982 où le Parti travailliste avait recruté des milliers de gens pour travailler à la défunte Development Works Corporation et avait aussi pris des décisions populaires, ou encore octroyer des terres à des sociétés socioculturelles, mais malgré cela, le parti a connu une défaite. Il explique que ce n’était pas le transport gratuit non plus qui a fait revenir les rouges au pouvoir en 2005, mais c’était plutôt à cause de la sanction du peuple contre les excès du gouvernement MSM-MMM, tout comme en 2014, ce n’était pas l’augmentation de la pension de vieillesse qui a fait gagner les élections à ‘l’Alliance Lepep’, mais la population a voulu punir l’ancien gouvernement pour ses excès.

« En 2014, le peuple avait voté massivement contre le gouvernement sortant pour dire non aux excès, pour rejeter la politique économique de Rama Sithanen et pour condamner le zigzag de Paul Bérenger qui était complice dans l’épisode de la fermeture du Parlement pendant des mois », dit l’observateur. Il conclut que le peuple prendra les politiciens au sérieux quand ces derniers accorderont plus d’importance à la bonne gouvernance et l’arrêt du gaspillage des fonds publics.

La communication : à chacun son style

Avec les prochaines législatives qui approchent, la bataille de la communication gagne du terrain. Le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, communique avec la population à travers la télévision nationale où on peut le voir chaque jour nous rappeler ses réalisations ou encore dévoiler ses projets futurs. Il y a aussi le journal G News, une publication gouvernementale, qui explique en détail les réalisations de l’alliance au pouvoir. Au niveau de l’opposition, le leader du Parti travailliste a choisi Facebook pour communiquer avec ses partisans, alors que le PMSD se contente de placer des banderoles comportant ses slogans à des points stratégiques. Le MMM, quant à lui, semble être encore à l’ère des affiches traditionnelles.  Nos leaders politiques locaux sont encore très loin de Narendra Modi qui, lui, est un fervent adepte de Twitter.