Roland Dubois : «Des Mauriciens ont une attitude négative face à la formation» | Défi Économie Aller au contenu principal

Roland Dubois : «Des Mauriciens ont une attitude négative face à la formation»

Roland Dubois

Le professeur Roland Dubois, l’ancien directeur de l’Industrial Vocational Training Board ( IVTB) et du Mauritius Institute of Training Development ( MITD), souhaite une refonte de la politique de la formation vocationnelle à Maurice afin de revaloriser les métiers. Pour cela, il prône une étroite collaboration entre les centres de formation publics et les entreprises privées

Quelle est votre lecture de la formation vocationnelle à Maurice ?
D’abord, je dirais que, comme c’est le cas dans les pays en développement, il y a un problème culturel concernant la formation professionnelle. Une large majorité de la population a une attitude négative vis-à-vis de la formation vocationnelle. Maurice n’est pas une exception. 52 ans après l’indépendance, on regarde toujours les métiers avec un certain dédain. On pense toujours que la formation professionnelle est une alternative pour les jeunes qui ont échoué dans la filière académique. C’est regrettable que les métiers ne soient pas acceptés socialement et culturellement. C’est le contraire des pays développés, à l’instar de l’Allemagne et de l’Autriche, qui accordent une grande importance à la formation professionnelle. Je cite aussi la Suisse où 75% des jeunes sortant des « higher secondary schools » optent pour la formation professionnelle.

Comment revaloriser les métiers à Maurice ?
D’abord, je pense que les autorités ne doivent pas seulement investir dans la formation mais aussi encourager les jeunes à apprendre un métier comme c’est le cas dans les pays développés, notamment les pays nordiques. C’est vrai que tout le monde ne peut devenir médecin, avocat, expert-comptable et autres. Évidemment, les autorités doivent investir davantage dans la modernisation des équipements pour la formation technique et industrielle afin d’être en marge avec l’évolution rapide de la technologie. Il faut aussi une étroite collaboration entre les centres de formation publics et l’industrie afin que les jeunes soient suffisamment formés pour intégrer la production sans transition. Certes, le coût des investissements dans les équipements modernes est élevé mais la qualité de la formation a un prix. Ce qui explique peut-être que la grande majorité des centres de formation privés offrent des cours de secrétariat et de management. Je pense qu’il nous faut aussi une bonne gestion de la formation pour qu’on ne sombre pas dans la routine. Il faut aussi éviter la duplication des cours à Maurice. Il faut venir de l’avant avec une politique de formation professionnelle.

Que pensez-vous de la décision du gouvernement de placer des départements du MITD sous différents ministères ?
Pour moi, l’idéal serait d’avoir un seul organisme qui gère la formation mais qui, parallèlement, accorde une autonomie administrative aux différents organismes.

De nos jours, les employeurs accordent de plus en plus d’importance au ‘soft skill’ d’une personne lors d’un exercice de recrutement...
D’abord, il est important de savoir que le ‘soft skill’ est la capacité d’une personne à s’adapter à son environnement du travail. C’est d’avoir une bonne attitude au travail, de pouvoir travailler en équipe, de communiquer efficacement et de respecter la discipline. Ce qui se passe, c’est que dans notre système d’éducation, on n’est pas habitué à former des jeunes dans cette culture. Le ‘soft skill’ est une culture qui doit se développer dès le plus jeune âge mais, si ce n’est pas le cas, il faut former ces jeunes dans l’‘employability skills’ et l’‘entrepreneurial skills’. Des formations qui doivent être faites par des gens de l’industrie et qui comprennent aussi des visites sur les sites du travail.

Pensez-vous que les jeunes doivent subir un test psychologique avant d’être recrutés ?
Oui, c’est important même s’ils sont qualifiés académiquement ou techniquement. Si on a des outils psychologiques pour évaluer le côté ‘soft skills’ de la personne, comment elle réagit face aux besoins de l’entreprise, comment elle travaille en équipe et répond à son entourage sur son lieu de travail, bien sûr que ça en vaut la peine.