Industrie de recyclage : Maurice s’engage dans le développement durable | Défi Économie Aller au contenu principal

Industrie de recyclage : Maurice s’engage dans le développement durable

Industrie de recyclage

Le gouvernement envisage de mettre bientôt en place un parc éco-industrie en vue de la création d’une industrie de recyclage à Maurice. Qu’en pensent les entrepreneurs qui évoluent dans le secteur du recyclage ? Tour d’horizon.

Recycler des déchets métalliques et plastiques, de bois, les rebuts d'équipements électriques et électroniques, les pneus et les résidus de verre en les transformant en produits à valeur ajoutée pour dynamiser l’économie mauricienne. C’est le but du projet du gouvernement de créer un parc éco-industrie pour promouvoir l’industrie de recyclage.

Ritesh Roopnauth
Ritesh Roopnauth, directeur de RVNV CO LTD.

Une nouvelle qui est accueillie  par les entrepreneurs. À l’instar de Ritesh Roopnauth, directeur de RVNV CO LTD, compagnie  spécialisée dans le recyclage de bois. Les déchets de bois, dit-il, s’avèrent un gros problème pour l’environnement à Maurice. Et à l'heure de la surconsommation et du gaspillage, il est persuadé que les déchets peuvent devenir nobles pour offrir une touche d’écolo à la maison. « C’est un créneau porteur », soutient-il.

Poonam Bhutoo
Poonam Bhutoo, directrice de JoNa Creations.

Engagée elle-aussi dans le recyclage, Poonam Bhutoo directrice de JoNa Creations, trouve que cette mesure préservera l’écologie tout en encourageant les compagnies à se lancer dans ce domaine. « Dans la conjoncture actuelle, l’industrie du textile figure parmi les industries les plus polluantes, plusieurs millions de tonnes de vêtements sont jetés dans le monde, soit 11 kilogrammes par personne annuellement », indiquent plusieurs récentes études environnementales. Face à ce gaspillage aux retombées inquiétantes pour Maurice, notre entrepreneure recycle des vêtements.

Laura Constantin
Laura Constantin gère Kipoufer Limited.

Laura Constantin gère Kipoufer Limited, une start-up qui mise sur le sur-cyclage (transformer des produits usés en matériaux). « Ce concept écolo peut réduire la demande en produits neufs. Au cœur de l'économie circulaire, cette mesure créera des emplois puisqu’il existe des  opportunités de croissance pour les recycleurs », affirme-t-elle.

Pilier économique

« Le marché du recyclage peut rehausser la contribution des PME au produit intérieur brut de 40 % à 52 % d’ici 2026 », avance Sunil Bholah, ministre du Développement Industriel, des Petites et Moyennes Entreprises, lequel travaille actuellement sur ce dossier.

Le recyclage peut-il devenir un nouveau pilier économique ? Le Dr Bhavish Jugurnath, consultant en économie affirme que la récupération et la mise en valeur d’une grande quantité de ces matières génèrent  d’importants bénéfices économiques et contribuent pleinement au développement durable. « Ceux-ci se traduisent par la création de milliers d’emplois et de nouveaux investissements, surtout lorsque les matières récupérées sont recyclées ou valorisées », souligne-t-il, avant de faire ressortir : « Mais, il peut s’avérer que les efforts pour redonner une vie utile à ces matières de peu de valeur deviennent trop coûteux. »

L’avis est partagé par l'ingénieur en environnement Vassen Kaupaymootoo. « La gestion des déchets requiert beaucoup d’énergie et de l’argent. Toutefois, ce secteur peut être exploité », explique-t-il.

Désormais, les entreprises sont de plus en plus conscientes des enjeux environnementaux, sociaux et économiques concernant la bonne gestion de leurs déchets, concluent nos interlocuteurs.

En chiffre
12 000 tonnes d’appareils électroniques/électriques sont jetées chaque année par les Mauriciens indique la dernière étude du ministère de l’Environnement. D’ici 2023, il est estimé que ce chiffre augmentera de 9 000 tonnes pour dépasser les 20 000 tonnes sur une année.


Vassen Kaupaymootoo, ingénieur en environnement : « La création d’un parc éco-industriel constitue une étape cruciale »

Vassen Kaupaymootoo

Le potentiel de la filière de recyclage de déchets à Maurice est inexploité. Tel est l’avis de Vassen Kaupaymootoo, ingénieur en environnement.

Le gouvernement envisage de créer bientôt une industrie de recyclage. Que pensez-vous de cette mesure ?
Cette mesure va résoudre la problématique des déchets solides à Maurice avec la saturation et les effets néfastes de Mare Chicose sur l’environnement. En effet, le recyclage aidera à réduire la quantité de déchets à la source, tout en diminuant l’empreinte carbone et les impacts liés aux produits à utilisation unique. Cela viendra aussi démontrer aux investisseurs que le développement industriel peut être différent de ce que l’on connaît et que la protection de l’environnement et le développement économique sont loin d’être contradictoires. En fait, ils sont complémentaires et même similaires.

Le secteur du recyclage, prendrait-il de l’ampleur à Maurice avec ce parc éco-industriel ?
Tout à fait. Un parc éco-industriel constitue une étape cruciale pour démontrer que les infrastructures ont été mises en place pour faciliter et encourager les industriels innovants à investir dans les métiers d’avenir, afin de  protéger son environnement tout en développant des activités industrielles qui créeront emplois et richesses. Ce parc viendra mettre du concret dans les projets du gouvernement annoncés dans le discours-programme, afin de confirmer la volonté de faire de la protection de l’environnement un nouveau pilier économique.

On trouve plusieurs types de déchets sur notre île. Sont-ils tous recyclables ?
Si on regarde la composition de nos déchets industriels et ménagers, on se rend compte que plus de 60 %  à 70 % de nos déchets sont compostables (il s’agit de déchets verts) et beaucoup d’autres déchets comme les métaux, les produits textiles et certains plastiques sont recyclables.

Le futur de l’humanité, est-il vert?
Effectivement, car tous les pays avant-gardistes ont déjà compris qu’il est nécessaire de se préparer à vivre dans une économie décarbonisée et circulaire. Tous les pays qui utilisent encore le pétrole et le charbon comme base de leur économie sont voués à suivre cette transformation ou disparaître. La création d’industries vertes à Maurice, dont le recyclage, donnent une indication claire de la direction et des mesures prise pour développer l’économie verte comme un nouveau pillier de notre économie. Nous avons le pouvoir d’y arriver si nous travaillons ensemble et j’y crois.

Où en est Maurice concernant le recyclage des déchets ?
Le potentiel de la filière de recyclage de déchets à Maurice est inexploité, car la majorité de ces déchets est mise en décharge. Même les bouteilles en plastique pour lesquelles nous payons un frais environnemental de Rs 2,30 ne font pas l’objet d’une consigne avec un taux de recyclage volontaire de 20 %. Beaucoup de pays ont compris que les déchets représentent une mine de produits et encouragent aujourd’hui l’urban mining, soit la récupération des produits contenus dans nos déchets, afin de nous diriger vers une économie 100 % circulaire où nous n’aurons plus besoin de produire, mais de réutiliser ce que nous avons déjà produits. C’est dans cette direction que nous devrons en tant que petit État Insulaire, atteindre nos objectifs de développement durable tout en protégeant notre environnement et en développant les secteurs du futur. La création d’un éco-parc est le premier pas dans cette direction.