Alimentation : Jeanluc Rancier, l’amuse-gueule fait fine bouche | Défi Économie Aller au contenu principal

Alimentation : Jeanluc Rancier, l’amuse-gueule fait fine bouche

L’équipe derrière le succès de Lakaz Maurice Distribution Limitée.

Il s’est cimenté une place de référence dans la fabrication et commercialisation de gato kravat, gato krab, gato zorey et baget fromaz, des amuse-gueules ancrées dans notre folklore. Avant d’en arriver là, l’enfant ayant grandi sur la propriété de l’ex-Mount Sugar Estate a effectué un sinueux parcours où sa volonté à se réinventer l’a mis sur le chemin du succès.

Sa vie, Jeanluc Rancier, 35 ans, la conte à vive allure. La conversation est ponctuée d’appréciation des expériences vécues en termes crus qui choqueront les participants d’alors. Ses décisions de carrière lui ont permis d’effectuer des incursions dans le monde de la construction, du bois avant de se laisser bercer par les saveurs de notre patrimoine, avec sa compagne Sabrina à ses côtés.

Aujourd’hui, Lakaz Maurice Distribution Limitée, sise à Curepipe, commercialisant ses amuse-gueules sous la marque de Saveurs de l’Ile Maurice, entame de nouvelles étapes qui consisteront à moderniser la production et œuvrer pour l’obtention des certifications associées à la production et transformation alimentaires. « Passer du manuel à la mécanique permettra à certains procédés d’être plus rapides. Je ne compte pas licencier », nous a-t-il dit dans un entretien téléphonique le mercredi 19 février. « Parce que la machine viendra complémenter le geste humain. »

Avec ces transformations et rehaussements successifs, la direction se donne les moyens d’exporter dans la région et ailleurs tels que les îles de l’océan Indien, l’Australie et même la Grande-Bretagne. La demande existe. Elle se fait pressante. Avant d’y arriver, il faudrait se mettre au diapason des normes pour ces marchés intransigeants.

D’ailleurs, depuis son entrée dans ce monde en 2014 et l’incorporation de la compagnie en juin 2016, l’entreprise n’a cessé de grandir. L’entreprise, qui a démarré avec cinq, incluant Jeanluc et Sabrina, est maintenant une équipe compacte de 12 personnes. 

Afin de réussir dans ce monde des amuse-gueule où les opérateurs sont nombreux et les marges au minimum, il faut se distinguer de la concurrence : produire en grande quantité certes mais en y ajoutant ces petits zests et gestes. Il cite son gato zorey, une mince galette sucrée et salée à fois. Chez Saveurs de l’Ile Maurice, le gato est coloré, rouge et vert ressortent du lot, donnant du look sur les étagères des grandes enseignes de supermarchés. Et ce n’est que ce petit secret de préparation qu’il s’est permis de nous livrer.

Sa préparation avant de s’engager dans l’entrepreneuriat s’est faite en solo. Après avoir suivi des cours à l’Alliance Française, Jeanluc Rancier continue à apprendre en téléchargeant des bouquins sur le marketing, la négociation commerciale. Il met en pratique les concepts et techniques dans la vie de tous les jours, apportant de l’eau à une carrière d’homme d’affaires qui a pris forme sur les bancs du Collège de La Confiance, où y étudie jusqu’au Higher School Certificate.

« Quand j’ai bouclé mes études, en moi la fibre entrepreneuriale y était déjà. Parce qu’au Collège de La Confiance, on nous inculquait ces valeurs en théorie et en pratique. Nos enseignants avaient plusieurs cordes à leurs arcs. Ils représentaient des sources d’inspiration afin que donnions le meilleur de nos mêmes », a affirmé Jeanluc Rancier, un brin de nostalgie dans la voix, avant d’enchaîner sur sa référence, son guide. « Mon père a été ma source d’inspiration. C’était un bosseur. Il partait tôt. Il rentrait tard à la maison. Il ne s’en plaignait jamais. À cheval sur les principes, discipline, vérité, rigueur, détermination et persévérance, j’ai appris tout cela de mon papa. » Son HSC en poche, début 2008, il se joint à une nouvelle firme engagée dans la construction. Il y restera cinq mois. Il embrassera d’autres carrières, dont celle du bois, qui s’avère être un échec. Arrivent ensuite les amuse-gueules, une idée qui prend naissance suite à sa rencontre avec sa compagne, Sabrina, qui dispose déjà d’un bagage dans ce créneau.

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, ne dit-on pas. Il le fait déjà. À 3 h 30, il est déjà sur le pied de guerre. Et le futur de l’entrepreneuriat est tributaire de la qualité innée à notre jeunesse. 

Sur leur capacité à transformer Maurice en une nation d’entrepreneurs, Jeanluc Rancier émet des réserves. « Je n’ai rien contre les jeunes diplômés. Mais souvent quand je les rencontre, je note une absence de culture de soi. Tout n’est qu’académique. Ils ont des difficultés à engager une conversation sur la culture, la littérature, l’actualité du jour. Or, pour être entrepreneur, il faut avoir toutes ces qualités. Un jeune se doit de savoir ce qui se passe dans son pays au niveau de la politique, du social et la situation économique, ce qui lui permettra de prendre les bonnes décisions », a fait ressortir, d’un ton ferme, notre interlocuteur.

Et lui, comment procède-t-il ? Jeanluc Rancier le résume ainsi : « Be wiser. Work smarter. » Une devise apprise de la vie.