Sawkatali Choychoo - PRO de la Mauritius Bus Owners Cooperative Federation : «Tout projet doit se faire dans le dialogue» | Défi Économie Aller au contenu principal

Sawkatali Choychoo - PRO de la Mauritius Bus Owners Cooperative Federation : «Tout projet doit se faire dans le dialogue»

Selon Sawkatali Choychoo, le Public Relations Officer (PRO) de la Mauritius Bus Owners Cooperative Federation, si le gouvernement étend le réseau du Metro Express aux régions rurales, il faudra qu’il obtienne un consensus avec les opérateurs économiques, dont les coopératives de bus individuels, pour aboutir  à un développement intégré. 

La première étape du Metro Express, de Rose-Hill à Port-Louis, est déjà une réalité, comment votre fédération apprécie-t-elle cette réalisation ?
Nous avons toujours exprimé notre satisfaction à l’égard de tout projet de modernisation du système de transport public à Maurice, compte tenu de la croissance démographique et des développements auxquels elle donne lieu. Mais tout projet dans ce sens doit se faire dans le dialogue et la concertation avec toutes les parties prenantes. Aujourd’hui, force est de constater que le projet de Metro Express a été réalisé sans tenir compte de la réalité des configurations routières dans les faubourgs de Rose-Hill. Sinon, comment expliquer que certains quartiers ne sont pas desservis par les navettes qui, soit dit en passant, ne sont pas des bus 'semi-low floor', ce qui est tout de même une contrainte pour les seniors et les personnes à handicap. 

Quel est l’impact de ces bus individuels à ce jour ?
La fédération regroupe 15 coopératives qui opèrent 820 autobus à travers l’ile. Ces véhicules accomplissent chaque jour des prouesses pour faciliter les activités professionnelles et sociales dans les villages les plus éculés, mais aussi dans les grosses agglomérations rurales. Sans ces bus de proximité, cela aurait été la paralysie totale de l’ensemble des activités dans l’île. Malgré notre contribution à l’économie de Maurice, nos marges de bénéfices restent largement inférieures à celles des compagnies d’autobus, qui sont subventionnées par l’État. Nous n’avons jamais été pris en défaut à la suite des augmentations des salaires. Les seuls 'grants' versés par l’État sont destinés à la facture de la gratuité pour les écoliers, collégiens et étudiants et les seniors. Depuis 2013, nous avons attiré l’attention du gouvernement entre la disparité qui existe en termes d’allocation de subventions entre les compagnies et les coopératives. 

Le gouvernement s’est engagé à étendre le réseau du Metro Express en milieu rural. Quel en serait l’impact ?
Dans le milieu rural, la population vit en harmonie avec la nature. Sans oublier le fait que la configuration des routes principales et celles intérieures remonte à la période dominée par l’industrie sucrière. C’est un premier obstacle auquel sera confrontée la mise en place des navettes, comme cela se produit en ce moment dans certains faubourgs de Rose-Hill. Puis, la deuxième réalité est l’apparition dans notre région de complexes résidentiels situés dans des endroits qui ne tiennent pas compte du projet du Metro Express. 

Pourtant, le gouvernement explique que le Metro Express amènera le développement dans ces régions…
Avant de répondre à cet argument, permettez-moi de vous faire observer que personne ne sait quel sera le sort des commerçants historiques des villes que le métro desservira, après que le gouvernement ait décidé de construire des galeries commerciales autour des gares du métro. Rien n’indique que le ‘métro’ régénérera les centres-villes, c’est le pouvoir d’achat qui booste le commerce et une partie de la croissance. Dans les grandes agglomérations rurales telles que Goodlands et Centre-de-Flacq, des centaines de commerces se sont installés dans des quartiers précis depuis des dizaines d’années et je ne crois pas qu’ils iront s’installer dans la proximité de la gare du ‘métro’. Il n’y aura pas de place pour tout le monde.  S’ils se sont installés dans la route principale de Goodlands, c’est pour être à proximité de la population. Dans toutes les villes au monde, cette concentration de commerçants dans une seule rue répond à ce facteur. Est-ce que les autorités comptent-elles bouleverser cette nomenclature ? 

Il se peut que vous ne possédiez pas de bus électriques, donc pas assez modernes pour vous adapter à la modernité du métro…
Si c’est le cas, il est de la responsabilité du gouvernement de nous aider, à l’aide de subsides, afin d’acquérir ces bus pour pérenniser notre activité, car il y va de l’avenir de centaines de familles. Nous avons l’expérience de ces routes, un personnel dédié et formé ainsi que la confiance des passagers. Le gouvernement  subventionne à hauteur de Rs 1 million l’achat de bus électriques par une compagnie d’autobus. Pourquoi sommes-nous exclus ? Nos membres sont des coopérateurs attachés à leurs villages et engagés dans un concept de travail où les risques et les bénéfices sont partagés. Si le gouvernement ne prend pas en compte les réalités dans le milieu rural, nous risquons d’assister à des bouleversements négatifs dans le mode de vie de ses habitants. Il faut que tout développement intègre aussi les dimensions sociale et culturelle. Dans notre localité, il y avait un exercice mené conjointement par les organismes de l’État, parmi la National Transport Authority (NTA) et des opérateurs individuels afin de vérifier la qualité et la dimension d’un certain nombre de routes, mais nous ne savons pas où est le résultat de cet exercice.

Comment voyez-vous l’avenir des bus individuels avec l’introduction du métro dans les régions rurales ?
De manière générale, le gouvernement doit écouter les propositions des opérateurs économiques de ces régions afin de parvenir à un consensus. En ce qui concerne le transport en commun, il faut impérativement ouvrir le dialogue avec notre fédération. Compte tenu de la concurrence déloyale de la part des taxis marrons et autres autocars, si le gouvernement ne nous écoute pas, le Metro Express entraînera la mort des bus individuels.