Anthony Leung Shing : «Si l’épidémie persiste, cela aura des effets plus profonds sur notre économie» | Défi Économie Aller au contenu principal

Anthony Leung Shing : «Si l’épidémie persiste, cela aura des effets plus profonds sur notre économie»

Anthony Leung Shing
Anthony Leung Shing (Senior Partner & Tax Leader chez PWC)

Le coronavirus, ce n’est pas que l’impact du marché touristique chinois à Maurice, mais il touche à tout, prévient Anthony Leung Shing, Country Senior Partner & Tax Leader chez PWC.

Le principal problème des grilles salariales, c’est l’écart grandissant entre la productivité et les coûts. Cela nuit à notre compétitivité.

Quel regard portez-vous sur le discours-programme ?
Le discours-programme définit la vision du gouvernement et, de manière générale, résume les mesures annoncées dans divers budgets précédents.  Malgré les attentes, je ne n’espérais pas de grands changements.  En ce qui concerne le secteur financier, la création d’une monnaie numérique et d’un système de paiement moderne facilitera davantage les transactions financières et aidera à accélérer la digitalisation des services. Ce sera un outil innovant et une monnaie numérique, soutenue par la Banque de Maurice, sera plus stable et sécurisée. Certains pays envisagent déjà à créer leur propre monnaie numérique et Maurice sera l’un des pionniers dans ce domaine. Le pays a besoin d’une relance économique et il est important que les mesures annoncées dans le discours-programme soient plus que de l’effet annonce. Il faudra s’en tenir à la réalisation de ces projets.   

Le coronavirus porte un coup dur à l’économie. Dans quelle mesure le marché touristique chinois sera-t-il affecté à Maurice ?
Le coronavirus, malgré qu’il soit difficile à prévoir, sera non seulement un coup dur pour l’économie chinoise, mais il aura très probablement des conséquences négatives sur l’économie mondiale. Pour moi, le coronavirus, ce n’est pas que l’impact du marché touristique chinois à Maurice, mais il touche à tout ; le tourisme, l’industrie en Chine, la logistique, les marchés boursiers et l’Asie. La Chine est un partenaire commercial important pour Maurice, en matière d’importations et, si l’épidémie persiste, cela aura des effets plus profonds sur notre économie.

Pourquoi la confiance des chefs d’entreprise dans la croissance de leur chiffre d’affaires est en baisse continue ?
Oui. Selon le Global CEO Survey entrepris par PwC, la tendance à la baisse dans la confiance des chefs d’entreprise depuis 2018 révèle de différents éléments. De manière générale, trois facteurs jouent un rôle important : la croissance, les lois et réglementations et la situation géopolitique. Maintenant, le coronavirus va s’ajouter au climat d’incertitude qui règne déjà avec les conflits commerciaux et la tension géopolitique mondiale. La chute de confiance des dirigeants n’est donc pas surprenante. Je pense que si l’épidémie n’est pas contenue, on peut s’attendre à ce que la situation se détériore davantage.

Dans toutes les régions du monde, les dirigeants d’entreprise prévoient un ralentissement de la croissance économique. Partagez-vous cette opinion ?
Selon le FMI, la croissance économique mondiale est estimée à 3.3 % en 2020 et cela a été revu à la baisse depuis octobre 2019. La croissance à travers le monde varie et les dirigeants d’entreprises dans la région d’Afrique de l’Est sont plus optimistes : 30 % des dirigeants du PwC Global CEO Survey dans cette région pensent que le climat économique va s’améliorer (contre seulement 22 % mondialement).  

Avec une économie dépendante de l’activité mondiale, Maurice sera également touché par ce faible taux de confiance des dirigeants d’entreprises. À mon avis, la croissance de notre pays a été dopée ces dernières années par les investissements publics et la consommation. Il sera difficile à maintenir cette politique économique dans le court terme.

La croissance de notre pays a été dopée ces dernières années par les investissements publics et la consommation. Il sera difficile à maintenir cette politique économique dans le court terme.

Deux types de défis confrontent l’économie mauricienne : l’un est l’exportation et l’autre est lié à la hausse des rémunérations au sein des compagnies. Quels sont les autres défis que Maurice aura à faire face cette année ?
Rester compétitif à l’échelle internationale reste la clé pour notre développement économique. Notre compétitivité est dépendante de non seulement de nos coûts de production, mais aussi de notre environnement des affaires (ressources humaines, technologie, cadre juridique). L’île Maurice est classée 13e au niveau mondial selon l’étude ‘Ease of Doing Business’ de la Banque Mondiale et cela peut nous donner un faux sentiment de sécurité. Alors que le pays se diversifie dans des secteurs émergents, le manque de compétences humaines, d’investissement en innovation ou de cadre légal adéquat se fait sentir. Comme annoncé dans le discours-programme ou les budgets précédents, la feuille de route de ce gouvernement a été établie, mais la difficulté reste dans son implémentation. La réalisation des mesures reste un défi pour 2020.

Après la mise en application du salaire minimum à Rs 10 200, faut-il revoir les grilles salariales dans le pays ?
La hausse du salaire minimum n’est pas un problème en soi si elle est liée à un gain de productivité des employés. Je parle souvent avec des chefs d’entreprise et une hausse des salaires peut être soutenue par une main-d’œuvre fiable, productive et efficiente. Le principal problème des grilles salariales, c’est l’écart grandissant entre la productivité et les coûts. Cela nuit à notre compétitivité.

Selon vous, la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne aura-t-elle une répercussion sur les entreprises mauriciennes qui exportent vers l’Angleterre ?
De manière générale, l’ampleur du Brexit dépendra de l’issue des négociations de la Grande-Bretagne avec les différents pays. En ce qui concerne Maurice, le textile et le sucre représentent la majeure partie de nos exportations vers le Royaume-Uni. Ayant été signataire de l’accord de partenariat économique entre le Royaume-Uni et l’Afrique orientale et australe, Maurice bénéficiera d’accès concurrentiels et cela aidera à maintenir la compétitivité de nos produits. Cependant, il ne faudra pas négliger l’impact du taux de change.

Dans un tel cas, comment évoluera la livre sterling avec le Brexit ?
La livre sterling est effectivement un véritable baromètre et elle a réagi positivement au dernier développement du Brexit. Toutefois, le cours des devises est aussi influencé par divers autres facteurs, dont la croissance économique, le taux d’intérêt et les évènements géopolitiques. Le sentiment général est que la victoire remportée par Boris Johnson lui donne une large majorité et aidera à stimuler l’activité économique. Toutefois, jusqu’à fin 2020, une zone d’incertitude persistera, alors que le Royaume-Uni négocie le départ des différents accords et traités qui les lient avec l’Union européenne. Entre-temps, je m’attends à ce que la livre sterling reste erratique.