Fruits locaux - Litchis : une pluviométrie moyenne et les chauves-souris plombent la production | Défi Économie Aller au contenu principal

Fruits locaux - Litchis : une pluviométrie moyenne et les chauves-souris plombent la production

Litchis
La récolte 2019 ne sera pas abondante en raison d’une pluviométrie moyenne et le ravage des chauves-souris.

Les litchis ne seront pas abondants en 2019, quoique savoureux. Les prévisions de récoltes sont estimées à 1 500 tonnes contre 3 000 tonnes en 2018. Le mauvais climat, dû à une pluviométrie moyenne est la principale raison qui explique cette récolte largement en dessous de la moyenne, explique Yogeeta Luchoomun, Research Scientific au Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI).

Ce samedi, dans les environs du marché de Rose-Hill, le demi-kilo de litchis se vend à Rs 200, alors qu’à la rue Desforges, à Port-Louis, le même volume s’échange à Rs Rs 300. Même un peu acide, le rouge teinté de rose, le petit fruit très demandé chaque fin d’année, trouve preneur. Le marchand a un argument : « Pena lekshi sa lanela, pa pu ena ankor.» C’est vrai que contrairement à 2018, les letchiers sont moins chargés, en raison d’un cycle climatique défavorable, mais aussi à cause des attaques dévastatrices des chauves-souris qui se fondent sur les letchiers, sans aucune crainte de lumières ou de filets.

Dans les régions Nord et Centre, les litchis sont déjà prêts avant la production à Cressonville ou à Beaux-Songes. « En fait, dans le Nord, notamment, notre production est en avance sur Madagascar, mais cette année, le mauvais climat n’a pas arrangé la production », fait observer Yogeeta Luchoomun. Les meilleures récoltes sont prévues au Centre (70 %), le Nord et le Sud (55 %) et l’Est (20 %), cette région étant toujours desservie par un climat trop chaud. Mais le seul climat n’est pas responsable de la maigre récolte de 2019, les chauves-souris y sont de la partie. « De nombreuses personnes se plaignent de leurs récoltes, mais la loi interdit de les abattre », fait observer notre interlocutrice.

Pratiques culturales

Chaque année, que ce soit les propriétaires de vergers ou les cultures de cours, tout le monde semble connaître les pratiques culturales, en ce qu’il s’agit des letchiers. « Au FAREI, des brochures d’explications sont disponibles concernant tous les arbres fruitiers de Maurice. Comme les letchis sont très demandés, nous pensons que les Mauriciens suivent les procédures plutôt bien », explique-t-elle.

Il faut savoir que les basses températures sont très favorables aux litchis, mais un peu à la manière des raisins à l’étranger, il leur faut une alternance équilibrée de pluies et de soleil durant la floraison et la pollinisation. Si l’arbre n’est pas abondamment arrosé, le litchi ne grossira pas et si une grosse averse survient alors que le fruit, arrivé à maturité, va « éclater ». « Il faut aussi tenir en ligne de compte la taille de l’arbre, pour l’arrosage, la pose de filet et le volume de fertilisant. En général, il faut attendre cinq ans pour qu’un letchier, planté dans un espace de 64 mètres carrés, arrive à maturité. On peut tout aussi stresser les letchiers, en faisant des spirales sur les branches à l’aide d’une machette. Cela permet d’obtenir une bonne fructification », indique la scientifique.

Mais même si la production est tombée à 50 % de sa moyenne cette année, la qualité des letchis n’en a pas pâti. « Ils ont le volume normal et une bonne saveur », se réjouit-elle avec toutefois la conséquence attendue sur les prix. « Bien entendu, plus les litchis vont diminuer en offre, plus les prix vont grimper, mais les Mauriciens vont acheter, car nous serons en période de fêtes », poursuit-elle.

Longanes : des provins d’Australie

Après la récolte, c’est toujours une remise à plat qui est recommandée. « Il faut aérer l’arbre, couper ses branches du milieu à l’aide d’un sécateur pour empêcher que l’arbre ne soit déraciné s’il y a un cyclone ou des vents violents. Il faut que le vent puisse passer entre les branches », fait-elle valoir. Si l’arbre est bien entretenu et le climat aidant, rien ne devrait l’empêcher de passer les différents processus menant à la production de fruits l’année suivante. L’épandage de fumier ou de fertilisants doit être réalisé un mois après la récolte. Lorsqu’on parle de litchis, l’autre petit fruit qui vient spontanément en tête est le longane, qui tend de plus en plus à disparaître, face au besoin des espaces pour la construction. Face au vieillissement des longaniers, le FAREI est en train d’expérimenter des provins en provenance d’Australie. « Dans trois ans, on devrait pouvoir vendre les premières petites plantes de longanes, elles poussent dans les mêmes conditions climatiques que les letchiers », indique-t-elle, concédant que les Mauriciens sont plus enclins à abattre les longaniers que les letchiers.


Le litchi réunionnais encore plus rare

La saison du litchi malgache, déjà très réduite habituellement, puisqu'elle court de mi-novembre à mi-janvier, autour des fêtes de Noël et du 1er de l'An, sera encore plus courte cette année. Les litchis malgaches qui valaient 2 à 3 euros (entre Rs 82 et Rs 125) le kilo l'an dernier en Europe, risquent d’être plus chers. Mais ce n'est rien comparé à l'envolée des prix qui risque de se produire pour les litchis des autres îles de l'océan Indien : la production est catastrophique. La Réunion ne pourra exporter cette année que 100 tonnes contre 900 tonnes l'an dernier. Le litchi réunionnais, du haut de gamme exclusivement expédié par avion, valait déjà 6 à 7 euros (entre Rs 250 et Rs 290) le kilo en France l'an dernier, il sera un mets de luxe cette année.


Madagascar : la production encore en baisse

Madagascar produit moins de litchis cette année à cause de la sécheresse, selon Radio France Internationale (RFI), ce qui impactera considérablement ses exportations vers l'Europe, son premier marché. À cause de la sécheresse, la floraison ne s'est pas faite correctement. Les arbres sont beaucoup moins chargés de fruits, ils sont plus petits et ils ont aussi mûri moins vite. Au total, Madagascar devrait produire 70 000 tonnes de litchis contre 100 000 tonnes l'an dernier, 30 % de moins.


Chiroptères frugivores

Dans certaines cours, même les ampoules placées à la cime des letchiers ou à travers les branches n’ont pas fait fuir les chiroptères frugivores. Une sexagénaire qui comptait sur sa récolte pour arrondir le mois de décembre est presqu’en larmes.

« Bann sursuris finn manz tu, fer pitye mo get sa kantite leksi en bas. Zot finn kas glob ki mo garson ti mete », dit-elle, désespérée, avant de regretter : « Zot dir pa gagn drwa tuy bann bebet-la. »

Ailleurs, la pose des filets a limité la casse. Ce sont de grands filets étendus sur l’arbre sur toute sa largeur et montés sur des gaules à différents endroits. Acheteur de letchis à grande échelle, Kervin connaît bien cette pratique qui fait partie de ses autres responsabilités lorsqu’il décide d’acheter les letchiers d’un verger. « Dès que je tombe d’accord avec le propriétaire du verger, je prends à ma charge l’arrosage, le gardiennage et le traitement des arbres contre les insectes. Je lui verse la moitié de la somme convenue et le reste est remis lorsque je viens faire la cueillette », confie-t-il. Comment évalue-t-il le coût d’un arbre ?

« Il suffit de vérifier le volume des petits litchis pour déterminer le coût de l’arbre », fait-il ressortir. Comme dans toute activité agricole, son métier est lui aussi soumis aux aléas climatiques et autres imprévues. « Si, à cause du mauvais temps, les letchis ne tiennent pas, j’essaie de parvenir à un arrangement avec le propriétaire concernant le reste de l’argent, fait-il ressortir. Mais je sais que certains propriétaires ne veulent rien entendre, estimant que le climat ou les vols ne sont pas de leur ressort.»