Marché du sucre : le protectionnisme, cancer de la concurrence | Défi Économie Aller au contenu principal

Marché du sucre : le protectionnisme, cancer de la concurrence

Sucre
La position du Syndicat des sucres, qui considère urgente la protection complète du marché local contre les importations des sucres à des prix préférentiels, est inquiétante, selon la CAP.

Le protectionnisme est le cancer de la concurrence. Telle est l’affirmation du CEO de la Commission de la concurrence du Comesa lors d’une conférence marquant les dix ans de la Competition Commission, la semaine dernière.  

Le Dr George Lipimile répondait à une question sur la tendance des décideurs politiques à consolider le monopole du Syndicat des sucres sur le marché local.

Suite  à une récente déclaration du ministre de l’Agro-industrie en faveur de certaines mesures visant à contrôler l’importation du sucre, la Consumer Advocacy Platform (CAP), s’était posée de savoir, si les consommateurs seraient les éternels sacrifiés, suite aux diverses prises de position du Syndicat des sucres et aux revendications des petits planteurs de canne.

Les consommateurs, seront-ils donc les éternels sacrifiés à l’autel du protectionnisme des sucriers ? Situation cornélienne pour les décideurs politiques, en cette période électorale. Pressé par les compagnies sucrières, d’une part et les petits planteurs d’autre part, avec en arrière-plan les consommateurs qui craignent une nouvelle hausse des prix du sucre,  avec l’installation d’une nouvelle situation de monopole, le gouvernement pourra-t-il  trouver le juste équilibre ?

La position du Syndicat des sucres, qui considère urgente la protection complète du marché local contre les importations des sucres à des prix préférentiels, est inquiétante. En effet, le président sortant du Syndicat des sucres s’est appesanti sur la protection du marché intérieur du sucre comme une mesure exceptionnelle, devant avoir une incidence immédiate sur les recettes des producteurs. Ainsi, il trouve anormal que, malgré l’augmentation des droits de douane à 80 % l’an dernier, les importations en provenance des producteurs du COMESA et de la SADC, ainsi que par des utilisateurs industriels, qui sont toutes exemptées du droit exigible, se maintiennent.

Une flambée des prix

Selon le Syndicat, il y a beaucoup de sucres qui viennent des pays de la COMESA dont l’Égypte, qui est lui-même un importateur net de sucre. Ils auraient, selon le nouveau président, trouvé une brèche pour pouvoir exporter vers Maurice. Il estime que le gouvernement devrait prendre des mesures pour éviter le dumping du sucre à des prix préférentiels au détriment du sucre local.

Pour la CAP, une telle position vise à restreindre la concurrence et pourrait entraîner une nouvelle flambée des prix sur les rayons. Déjà, avec la hausse de la taxe douanière de 15 % à 80 % l’année dernière, le prix de ce produit sur les rayons avait pris l’ascenseur, et cela, après la hausse de 41 %  en 2016. La CAP rappelle aussi que, poursuivant sa politique de protectionnisme, le gouvernement avait décidé d’augmenter le prix de la bagasse pour satisfaire les planteurs. Cette hausse avait été passée aux consommateurs avec l’imposition d’un levy de 15 % sur le sucre importé et un levy de Rs 20 sur le litre d’alcool. 

En outre, la formulation par le MSB de normes restrictives avait suscité chez les consommateurs des questions sur les intentions réelles du gouvernement. En effet, après le levy de 15 % sur le sucre importé puisé des poches des consommateurs pour subventionner le prix de la bagasse, le ministère de l’Agro-industrie envisagerait de promulguer des règlements en vue de contraindre les importateurs potentiels de sucre blanc à se plier  à des normes contraignantes. Il faut savoir que  la formulation des normes pour le sucre bénéficiait, à l’époque, d’un traitement urgent au MSB.

La CAP estimait alors que  les normes visaient à restreindre l’importation de ce produit. Elle avait aussi exprimé des craintes à l’effet que ces normes pourraient constituer une barrière à l’entrée,  contraignant des importateurs à délaisser ce créneau. Une telle situation affecterait lourdement la concurrence sur ce marché et pourrait entraîner un nouveau monopole profitant au Syndicat des sucres.

La Commission de la concurrence saura-t-elle trouver le moyen pour empêcher la création d’un monopole ?