Conseiller de Macron - Christian Monjou : Océan Indien, l’océan de l’avenir | Défi Économie Aller au contenu principal

Conseiller de Macron - Christian Monjou : Océan Indien, l’océan de l’avenir

Christian Monjou
Christian Monjou a été l’enseignant d’Emmanuel Macron en classes préparatoires au lycée Henri-IV, à Paris.

La nouvelle route de la soie redessine les cartes et l’océan Indien peut être celui de l’avenir. Ces propos ont été tenus par Christian Monjou, conseiller auprès du président de la République française, Emmanuel Macron. Il intervenait le lundi 14 octobre lors d’une conférence organisée par l’agence Blast qui fête cette année ses 15 ans d’existence.

«Votre situation dans l’océan Indien pose évidemment des questions. Vous êtes moins concernés par ce qui se passe mais je ne me permettrais pas de m’ériger en spécialiste de ce que je ne suis pas. Mais pour un Européen, c’est autre chose. On est parti de la Méditerranée, on est passé par l’Atlantique, puis dans le Pacifique. Pendant très longtemps, les États-Unis ont joué un rôle très important puisqu’ils étaient à cheval sur les deux océans de l’histoire, le Pacifique et l’Atlantique. Aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas la Chine qui veut en faire de même », a-t-il affirmé.

Notre interlocuteur a débuté son orale sur une peinture de l’artiste et architecte Salim Currimjee intitulée Maps & Keys. « Les cartes avec lesquelles on lisait le monde ne traduisent plus le monde et les clés avec lesquelles on ouvrait certaines portes, n’ouvrent plus ces portes-là et parfois même aucune porte. Selon moi, c’est véritablement la crise. Ce qui me permet de dire dans certaines réunions avec des chefs d’entreprise au sein de l’APM (Ndlr : Association pour le Progrès du Management) qu’au fond, la légitimité d’un leader se mesure à la pertinence de la carte mentale qu’elle ou lui se fait du monde dans lequel son entreprise se risque.

C’est essentiel pour un chef d’entreprise de se faire une carte mentale pertinente du monde contemporain à la fois géographique et parfois culturelle », a souligné ce professeur agrégé, conférencier à l’HEC Paris et amateur d’art.

Il a ajouté que la carte du monde traditionnel n’est pas correcte pour plusieurs raisons. L’Europe n’a pas la taille indiquée et se situe au centre «repoussant au périphérique de la géographie et de l’histoire l’Amérique et l’Asie. On aurait très bien pu se passer de cela. Cette Europe surdimensionnée et hyper centrée a fermement l’Afrique sous ses pieds, réservoir inépuisable de matière première bon marché et exécutoire de surproduction locale pour des marchés émergents grâce au colonialisme. C’était une vision simple et on savait comment cela fonctionnait », a-t-il dit.

Il a présenté une illustration d’un artiste contemporain congolais, Chéri Samba, dont La Vraie Carte du Monde met en valeur une représentation inversée d’un planisphère où l’Europe est à peine visible et où l’Afrique retrouve toute sa grandeur géographique.

«Proportionnellement, cette carte est infiniment plus juste que celle qu’on retrouve dans les manuels scolaires… La première carte de la Méditerranée a été dessinée par le très brillant cartographe et intellectuel musulman Al Idrissi dans les années 1140. Le Nord se situe au bas et le Sud se retrouve en haut. Tous les cartographes musulmans inversent la polarité. Quand je dis cela à des chefs d’entreprise français, je sens comme si je suis un suppôt de l’islam envahisseur. Pas du tout ! Il semblerait que les populations de culture musulmane représentent une certaine puissance sur l’échiquier économique international. Or dans le marketing, la règle de base veut que généralement le vendeur qui s’intéresse à la culture de son éventuel client finit par gagner. Donc, plus on est ouvert sur la culture des clients, plus on a une chance de vendre», a-t-il affirmé.