Brexit : entre crainte et espoir | Défi Économie Aller au contenu principal

Brexit : entre crainte et espoir

L’incertitude autour du Brexit planera pour quelques semaines encore sur l’impact réel sur notre économie. Les avis sont partagés entre crainte et espoir. Alors que certains observateurs appréhendent des séquelles négatives, d’autres y trouvent des opportunités. 

Une décroissance anglaise sera néfaste pour le pays.

Le Brexit est un sujet qui interpelle aussi nos entrepreneurs, décideurs politiques et observateurs économiques. Hard ou Soft Brexit, les conséquences affecteront d’une certaine mesure notre économie. La Grande-Bretagne est un partenaire économique important de Maurice, avec plus de 150 000 touristes britanniques visitant notre île chaque année. 

Alors que nous exportons vers l’Europe pour près de Rs 40 milliards, c’est le Royaume- Uni qui est le principal importateur, représentant environ Rs 10 milliards, soit 12 % de nos exportations totales. Les Anglais achètent notre textile, sucre et nos produits de mer. D’ailleurs, nos exportateurs ont beaucoup souffert de la baisse continuelle de la livre sterling. 

La Banque d’Angleterre a révisé à la baisse sa prévision de croissance pour l’année 2019, basant sur les incertitudes autour de la sortie de l’Union européenne et le ralentissement de la croissance mondiale. L’institution prévoyait au début d’août une croissance à 1,3 % en 2019 et 2020 contre respectivement 1,5 % et 1,6 % dans son précédent rapport, datant de mai. Elle table néanmoins sur un rebond de 2,3 % en 2021. L’investissement en Grande-Bretagne stagne également. Le pays a déjà connu deux baisses du produit intérieur brut depuis le début de l’année 2019. 

Une décroissance anglaise sera néfaste pour les pays qui exportent vers la Grande- Bretagne. En effet, une baisse de la demande des consommateurs anglais pour des produits et services importés entraînera une baisse des importations britanniques. Deuxièmement, un affaiblissement davantage de la livre sterling rendra plus chères les importations britanniques.

Cependant, une récente étude réalisée par l’Economic Development Board (EDB), démontre que plusieurs secteurs de notre économie vont bénéficier des opportunités découlant du Brexit. Selon l’organisme de promotion d’investissements, si le Royaume- Uni fera face à des tarifs européens, selon les régimes de l’OMC, alors nos produits seront comparativement plus compétitifs aux termes de notre accès préférentiel au marché britannique. L’EDB trouve aussi un avenir brillant pour notre textile et notre rhum local auprès des Anglais.


Nicolas Goldstein : « Présenter Maurice comme partenaire privilégié de l’Angleterre »

Nicolas Goldstein

Nicolas Goldstein, un serial entrepreneur dans le secteur de la technologie informatique et des services et qui traite beaucoup avec l’Europe et la Grande-Bretagne, nous dresse un tableau optimiste de l’après-Brexit. Il pense que des nouvelles opportunités s’offriront à nous, si nous arrivons à les saisir. 

En tant qu'entrepreneur,  craignez-vous que le Brexit aura des répercussions négatives sur Maurice ?
Que cela soit l’arrivée d’une crise financière mondiale ou que le Brexit, les effets sur Maurice sont à étudier de près. Le Royaume-Uni est un marché important après la France et il y aura certainement des répercussions. Par contre, elles seront moins importantes que celles entre l’EU et l’Angleterre. Il y aura une turbulence sur le prix des commodités et le taux de changes des devises. Il faut réfléchir comment nous pourrions bénéficier de cette crise pour devenir un partenaire privilégié du Royaume-Uni. Dans mon secteur des services aux nouvelles technologies, nous avons des opportunités et nous devons présenter Maurice comme partenaire privilégié de l’Angleterre.

Qu’est-ce qu'on peut faire pour mitiger les risques ?
Pour mitiger les risques, Maurice dispose déjà d’une économie diversifiée et nous ne sommes pas dépendant d’un seul pays. Nous pouvons, donc, toujours nous concentrer pour améliorer nos savoir-faire à Maurice et investir sur l’innovation et la création d’emplois, qualifiées pour attirer le Royaume-Uni à travailler davantage avec Maurice, notamment dans les NTIC. Le Royaume-Uni va manquer de ressources à valeur ajoutée comme des ingénieurs et des profils dans la vente et la finance. Maurice pourrait proposer ses talents à distance. Quitte à former davantage de ressources à Maurice en provenance d’Afrique, si les ressources ne sont pas suffisantes dans l’île.

Croyez-vous que le Royaume- Uni demeurera toujours un partenaire important pour Maurice ?
Le Royaume-Uni est un partenaire important qu’il faut garder avec ou sans Hard Brexit. Il faut étudier dès à présent ce que nous pouvons apporter et ce que peut nous apporter le Royaume-Uni en cas de Hard Brexit.


Hard ou soft Brexit?

Le ‘Soft Brexit’ consiste à prendre le temps de négocier et d'exiger des concessions mutuelles qui auraient un impact limité pour l'une ou l'autre des parties. L'exemple régulièrement évoqué est celui d'un modèle « à la norvégienne », car la Norvège ne fait pas partie de l'Union européenne, mais dispose quand même d'un accès au marché communautaire, moyennant une contribution financière annuelle. De même, les capitaux financiers et humains peuvent circuler librement depuis et vers les États membres de l'UE. Ce modèle aurait l'avantage de ne pas mettre en danger une économie britannique fortement tournée vers le continent européen. Cela permettrait, également, de rassurer les marchés financiers, mais aussi les quelques centaines de milliers de travailleurs européens employés en Grande-Bretagne et qui craignent de ne plus pouvoir exercer leur emploi faute d'un permis spécial.

Le ‘Hard Brexit’, c’est une sortie sans accord. Pour les observateurs européens, le Hard Brexit représente une menace économique et financière à court-terme, mais à long-terme, ce sera de nouvelles opportunités pour les deux camps.


L’impact sur l’Afrique

En cas de Brexit sans ‘deal’, le Maroc sera le principal perdant africain de la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. L'Afrique du Sud, elle, pourrait en tirer de juteuses recettes, selon un rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Selon cette étude, un Brexit sans accord préalable impliquerait un rehaussement des tarifs douaniers, ce qui réduirait la demande et les exportations des pays qui bénéficient actuellement de tarifs préférentiels à l’export. 

Parmi les pays africains, le Maroc serait le plus affecté par cet éventuel Brexit, sans accord, avec des recettes à l’export qui chuteraient de 97 millions de dollars, suivi par la Tunisie (-48 millions de dollars), l’Égypte (-41 millions) et le Mozambique (33 millions).

Par contre, un Brexit sans accord pourrait avoir des conséquences lucratives pour certains pays, affirme le rapport, puisque qu’il impliquerait la standardisation des tarifs douaniers au bénéfice des pays qui n’avaient jusqu’alors pas de tarifs préférentiels pour exporter vers le Royaume-Uni. À ce jeu-là, l’Afrique du Sud arrive en tête, car le pays bénéficierait d’une hausse de près de trois milliards de dollars pour ses recettes à l’export, loin devant Maurice (220 millions), le Botswana (199 millions), les Seychelles (106 millions) et la Namibie (85,1 millions).

Source : CNUCED